dimanche 30 novembre 2008

le journal de Jérôme Kerviel


Bonjour, je m’appelle Jérôme Kerviel et je vais vous raconter mon histoire, qui a, comme vous le savez, légèrement défrayé la chronique ces derniers mois : celle du courtier qui a soi-disant perdu près de 5 milliards d’euros…

Tout a commencé en août 2000 lors de mon entretien d’embauche à la Société Générale pour intégrer l’équipe en tant que contrôleur chargé du middle office, c’est-à-dire de vérifier la régularité des opérations et le respect de certaines procédures de contrôle.

D’abord, j’avais fait la boulette d’acheter chez Mario Dessuti un costume trois boutons en polyester. Or, dans la salle de contrôle, ils se pavanaient tous en haute couture, costumes Ozwald Boateng, de la fringue à quatre SMIC le costume deux pièces et deux SMIC les pompes. J’avais tout faux.

C’est simple : je les voyais se déplacer au ralenti, tous ces cadors.

Alors, dès que j’ai pu intégrer le saint des saints, la salle des marchés, avec ces clignotants qui scintillent, un véritable arbre de Noël où tout le monde peut se goinfrer, j’ai immédiatement senti que j’allais leur donner une bonne leçon de trading, à tous ces Quants[1], matheux polytechniciens avec leur mine de premier de la classe. Mon heure viendrait, je le sentais

J’ai rapidement maîtrisé tous les outils de régulation, et je peux avouer aujourd’hui que cette expérience a été très enrichissante pour la suite de ma carrière. J’allais bientôt avoir le permis et l’uniforme pour piloter un gros porteur. Pas celui d’Airbus, car tout le monde sait qu’il ne sera jamais livré à temps puisque c’est un polytechnicien qui a géré la boite.

Voyant que j’étais crédible et professionnel, début 2005, mon supérieur m’a fait intégrer le devant de la scène, le monde du front office. Autrement dit, j’obtenais le sésame pour spéculer sur les marchés financiers avec l’argent des autres.

On partage la même rangée interminable d’écrans avec mes collègues mais je sens bien que les sandwichs ne viennent pas du même traiteur. Heureusement, je reste proche des mes anciens amis du contrôle qui me tuyautent sur les nouvelles procédures.

Rapidement, je déchante. Les sommes que l’on me laisse investir sont faibles au regard de mon énorme potentiel. Alors, il me vient une idée géniale pour dépasser cette limite imposée par le système. Pour couvrir une position d’achat, je m’invente une autre position de vente mais fictive cette fois-ci. Exemple, lorsque je spécule sur un indice comme le Dax, je crée de toutes pièces la même position mais à la vente. Ainsi, tout reste invisible dans les comptes de la banque.



[1] Les analystes quantitatifs, aussi appelés quants, ont une formation à la fois mathématique et financière. Ils travaillent dans les banques, sociétés financières et autres institutions et entreprises ayant des activités liées à la finance (source Wikipedia)